Saison 2022

  • Navigation de nuit

    Le vent faible et régulier tire doucement le bateau. Comme animé par un marionnettiste le pavillon ventoie paisiblement. Le soleil s'est retiré il y a quelques heures pour laisser place à la nuit.
    L'immensité de la mer semble avoir été happée par l'obscurité. Seules quelques vagues proches sont visibles. Les plus éloignées ne sont présentes que par leurs bruissements qui me bercent. Les vagues se succèdent, la mer gonfle, enfle et se retire. Elle lève un flotteur puis la coque centrale. Parfois de manière synchronisée, parfois de manière chaotique. La mer impose son rythme, sa respiration au bateau et au marin.
    La lune humble, timide ne se montre que partiellement. C'est une nouvelle lune, elle ne laisse apparaître qu'une faible partie de son anatomie. Plusieurs jours lui seront nécessaires pour se dévoiler entière. Seuls ses contours sont perceptibles. Ce halo si léger joue une partie de cache cache en utilisant les quelques nuages éparses.
    Son jeu de séduction avec les marins est bien rodé pour se faire désirer.

    Une légère rafale passe entre ce qu'il me reste de cheveux, les sillages s'allongent, frémissent un peu plus fort. La barre se fait plus ferme, c'est le signe qu'il faut tirer légèrement dessus et en douceur pour faire accélérer le bateau. Directement reliée au safran, la barre franche porte bien son nom. Jamais elle ne ment. Le barreur peut l'écouter et lui faire confiance. Barrer au toucher est une expérience unique. Sans voir où l'on va, il faut naviguer au ressenti. Ce que la vue a perdu, les autres sens l'ont gagné. Les repères ont juste changé. L'homme et le bateau sont en harmonie.

    J'aime cette sensation, ce calme, pas besoin de musique ou de discussion pour me maintenir éveillé.
    Je lève la tête. Les étoiles essayent de compenser le manque de luminosité lié à l'absence de la lune, mais lointaines et petites elles ne peuvent pas faire grand chose. L'union ne fait pas la force cette fois ci. Je reste dans un noir intense mais j'apprécie leur effort. J'aimerai tant connaître le nom des étoiles principales et leurs constellations. Sans ce savoir, les contempler me suffit.
    Je me demande sur laquelle d'entre elles vit le petit prince.
    Quelles questions naïves mais si pertinentes pourrait-t'il bien me poser s'il m'accompagnait pendant cette navigation nocturne ?
    Me prendrait-il pour un fou ?
    Comprendrait-il ce que je fais ici seul dans le noir ? Moi même je ne le sais pas.
    M'aiderait-il à trouver ces réponses ?

    Plusieurs éclats de lumière au loin viennent perturber mes pensées.
    Je compte. Un, deux, trois, ... neuf. Neuf éclats puis une pause. Cette chorégraphie incessante indique une bouée, une cardinale ouest pour être précis. Le bateau devra passer à l'ouest pour parer le danger qui est à l'est. Je vérifie sur ma carte, ça correspond. Je ne suis pas perdu.
    Avec toute cette électronique à bord pour aider le marin, le cerveau se ramollie, la vigilance baisse et par facilité on fait confiance à ces gadgets. Mais en mer, toujours remettre ses certitudes est une loi immuable. Cette fois-ci tout est en ordre je peux retourner dans mes rêveries, mes pensées.
    Dans cette noirceur, personne pour me voir, pas même moi, je ne perçois qu'une ombre du reste de mon corps. Seul sur ce bateau, personne pour me juger. Je suis seul face à la mer, seul face à moi-même, pas de jugement, de tricherie, de faux semblant ou de discours sans consistance.
    Ici, seule la réalité n'a d'importance. Je ne suis jamais autant vrai que dans ces moments là.
    C'est peut-être ça que je viens chercher. Être moi-même. C'est si rare dans ce monde de jeu de dupes où tout le monde joue un rôle qu'il pense devoir jouer. C'est peut-être ça que j'expliquerai au petit prince. Je lui dirai que je navigue de nuit en solo pour une rencontre. Une rencontre avec moi-même.
     

  • Nouvelle grand-voile pour Olibrius

    Après 25 années de bons et loyaux services, la grand voile d'Olibrius avait besoin d'être changée.
    La voile est déformée. La forme initiale n'est plus là. Le creux s'est accentué et a reculé. La chute s'est détendue. La voile donne moins de vitesse, moins d'accélération au bateau, crée plus de tanguage, donne plus de gîte... Pour la gîte, il n'y en a pas beaucoup sur un trimaran, mais le flotteur s'enfonce plus ce qui ralenti le bateau et crée des efforts supplémentaires sur la structure.

    Bref, c'est le moment de redonner un coup de jeunesse a la voile et de booster au bateau.
    Afin de gagner un peu en surface de voilure et surtout dans les hauts, cette grand voile possédera une corne. Cela veut dire qu'elle sera rectangulaire sur la partie haute.

    Avant avec comme tissus le Dacron, auparavant la seule solution pour augmenter les surfaces de GV était de mettre de la surface vers l’arrière en faisant ressembler la voile à une forme elliptique.
    Cette forme de voilure est très bonne en aérodynamique théorique sur un support rigide. Sur un voilier, après quelques années d'expérience, certains paramètres ne rendent pas cette forme si idéale pour un voilier.
    Les voiles à fort rond de chute sont difficiles à contrôler dans leur forme. Au prés, il est important de pouvoir fermer la chute pour éviter que le vent ne s'échappe par le haut. Avec cette chute arrondi, les efforts pour bien fermer la chute sont assez importants et c'est souvent par le milieu que la voile s'ouvre en premier alors que le régleur préférerai que ce soit pas le haut.
    L'autre paramètre à prendre en compte, c'est la force et la qualité du vent. En mer, pour des histoires de friction avec la mer et le bateau, le vent est plus fort et plus régulier en hauteur. Sur une grand voile traditionnelle ou à fort rond de chute, la partie haute de la voile est faible à très faible.
    Bref, une GV à fort rond de chute, ca donne plus de surface, mais pas au meilleure endroit et c'est plus difficile à régler... Je fais vraiment un résumé.

    L'apparition de nouveaux matériaux pour les tissus à voile a permis de faire des grands voiles avec des hauts de voile rectangulaires tout en gardant le rond de chute. Ainsi on augmente la surface et on va chercher le vent où il est le meilleur. Puis grâce à la compétition, les voileries se sont rendus compte que le mix rond de chute et corne n'était pas bon car cette chute arrondie ne permet pas de fermer facilement le haut de voile, donc de bien gérer la corne... La solution a été de faire des cornes un peu plus grande avec des ronds de chute limité. Heureusement les tissus avaient encore progresser et permettaient de gérer cette forme assez rectangulaire et des chutes assez droites.

    Pour la dimension de la corne, 1/4 à 1/3 de la bordure semble un compromis interressant pour la croisière. Une corne plus longue sera plus performante, mais plus difficile à fabriquer et controler ensuite, une corne plus petite demandera moins d'efforts pour gérer la corne mais sera moins performante. Encore une fois, je fais simple dans les explications. Je pourrais aussi parler du rapport longueur de corne/traînée et que dans certaines conditions une trop grande corne peut nuire aux performances...

    Sur Olibrius comme je souhaite avoir une grand voile à corne avec un rond de chute très faible, il me faut faire le choix d'un tissus assez rigide pour que le designer puisse dessiner une forme de voile intéressante.

    Maintenant que la forme générale est decidée, et le tissus plus ou moins défini, il faut voir pour la réduction, car par vent fort, on ne pourra pas garder toute cette surface de voile. Les ris sont des bandes de voiles qui peuvent rester rangé le long de la bome quand je vent est trop fort. Il faut donc réfléchir à la position des ris qui vont permette de diminuer la surface de grand voile. Francis Ferrari de Sail Fast m'a glissé dans la tête sa réfléxion :

    La majorité des grands de multicoque possèdent 3 ris pour s'adapter au mieux aux conditions de vent. Mais avec une GV à corne réalisée dans un tissus assez rigide, la voile s'adapte mieux au vent et au rafales. Et sur un multicoque qui fait du côtier, les risques de vent fort d'une différents. Il est donc possible de perdre nos habitudes et réfléchir autrement.

    Voyons ce qui se fait habituellement. Les réductions sont pour le 1er ris de 20 % ; 2e ris 40 % ; 3e ris 60 % de la surface totale. Sur une voile de 30m² comme ce qu'il y avait sur Olibrius
    - 1er ris 24 m²
    - 2eme ris 18 m²
    - 3éme ris 12 m²


    Maintenant prenons du recul sur notre expérience et celle des autres et se dire pourquoi ne pas avoir seulement deux ris.
     
    Pourquoi 2 ris peuvent suffire sur un multi côtier ou semi hauturier :

    Pour bien comprendre la logique, il faut oublier ses habitudes et penser à des ris de dimensions différentes de d'habitude
    1er ris position classique voir un peu plus grand que l'habitude éventuellement, sur une réduction de 20-22%
    le 2 éme doit être un équivalent de 3 éme ou presque soit une réduction proche de 50%.

    Ça donnerait
    - 1er ris 25-26 m2
    - 2nd ris 15-17 m2

    La logique est que sur nos « petits » bateaux on ne sort pas pour le plaisir passé 6 bft.

    A 5-6 bft nos bateaux peuvent encore naviguer GV haute.
    On n'est pas des régatiers et on ne va pas se trouver sous toilé ou sur toilé entre 2 ris
    quand il y a vraiment du vent (et la mer qui avec) on cherche surtout à ne rien casser et rendre les conditions de vie acceptable.

    En mer ca donnerait du coup :
    Jusque 5 bft = GV haute
    A partir de 5-6 bft = ris 1 confort : il y a du vent et ou de la mer c’était prévu je le savais - GV haute ça va trop vite, le bateau tape trop, je veux calmer le jeu je  claque 1 ris pour rendre la nav plus « calme »
    Au delà de force 6-7bft = ris 2 sécurité :  c’est vraiment plus fort que prévu, je me suis fait surprendre, il est vraiment temps de rentrer - je peux faire route en sécurité a un quasi équivalent ris 3.
    Au delà de force 8 = Gv basse :  j’aurais déja dû être  rentré depuis longtemps, je suis un con d’être dehors et que j’ai 2, 3 ou 4 ris la GV serait basse.

    En supprimant un ris, la voile coûte moins cher à fabriquer. Donc pour mon budget je peux passer à un tissus de qualité supérieure. Deux ris bien positionnés, c’est moins cher, c’est moins lourd et plus performant …


    Et voilà donc le dessin de la future GV. Une grand voile à corne de 31.6 m2 avec un ris à 20.1% de réduction et le ris 2 à 46.4% de réduction.
    Malgré une grande voile plus grande que l'ancienne, au 2eme ris, ma GV sera plus reduitee que celle d'avant au 2eme ris. 16.8m2 contre 18m2 avant. Sachant  que l'ancien propriétaire n'a jamais pris le 3eme ris malgre parfois des conditions fortes de vent, je suis persuadé de faire le bon choix.

    Pour tissus, ce sera une membrane de chez Trilam en TDBT. Un tissus conçu pour la haute performance mais qui résiste bien dans le temps. Le foc de mon ancien cata était dans ce tissus. La voile était super performante et le tissus saura bien résister au temps.

    La réalisation sera faite par la voilerie manche innovation qui fait parti du groupe All Purpose. C'est la quatrième voile que me fait Adrien et il me fait chaque fois un super boulot. Aussi bien sur la partie conseil, la réalisation, ou les finitions. Une voile bien finie est une voile qui dure. Toutes les voiles neuves sont belles (ou presque) c'est dans le temps que l'on voit la différence de construction d'une voile.

    Pour le dessin, c'est encore une fois Rémi Aubrun qui dessine ma voile, une preuve d'un dessin de qualité et d'une voile réussi.

    Avec tous ces paramètres, cette nouvelle voile est faite pour transformer Olibrius pour de nombreuses années. Olibrius sera plus rapide, plus agréable dans les vagues, plus facile à régler.... Le skipper n'a pas fini d'avoir un grand sourire en navigation.

    J'ai trop hâte de la voir en vrai et l'essayer.

  • La saison 2022 en images

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